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Pendant des siècles, l’embouchure du Saguenay a été le point de rencontre des différentes nations autochtones venues commercer avec les Innus (Montagnais). C’est pourquoi les Français y avaient érigé, dès l’année 1600, un poste de traite. Les Innus qui de tout temps ont fréquenté cette région, désignaient l’actuelle rivière des Escoumins du nom de Esh (coquillage) Shipi (rivière) qui est devenue Essipit : la rivière aux coquillages.
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Journal Tipatshimun / 
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Marc Chaloult, conseiller en communication
Conseil de la Première Nation des Innus Essipt
32, rue de la Réserve (Essipit)
Les Escoumins (Québec) G0T 1K0
| Téléphone |
: 418 233-2509 |
| Télécopieur |
: 418 233-2888 |
Maryse Tremblay, webmestre
Voici des sites qui sont en mesure de vous intéresser.
Conseil tribal Mamuitun mak Nutakuan/négociations
Mashteuiatsh
Entreprises Essipit (tourisme)
Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador
Institut culturel et éducatif montagnais
Mouvement pour les peuples indigènes
Amnistie internationale
Agence Mamu Innu Kaikusseht (AMIK)
Innu Takuaikan Uashat mak Mani-Utenam
Assemblée des Premières Nations
Commission de développement des ressources
Humaines des Premières Nations du Québec
Commission de développement économique
des Premières Nations du Québec et du Labrador
Commission de la Santé et des Services sociaux
des Premières Nations du Québec et du Labrador
Conseil en éducation des Premières Nations
Ministère des Affaires indiennes et du Nord Canada
Secrétariat aux Affaires autochtones
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La présence humaine sur la Côte-Nord du fleuve St-Laurent remonte à environ 10 000 ans. Pour ce qui est du territoire traditionnel (nitassinan) des Essipiunnuat, soit celui de la Haute-Côte-Nord (de la rivière Saguenay à la rivière Portneuf), une vingtaine de sites archéologiques font état d’une occupation humaine remontant à plus de 6 500 ans. Ce territoire est donc incontestablement occupé par les Innus et leurs ancêtres, depuis au moins la période néolithique, comme en témoignent plusieurs artéfacts découverts dans le secteur du Petit Lac Salé, à l’embouchure de la rivière St-Onge.
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Un mode de vie spécifique aux Innus
On désigne les ancêtres des Innus de l’appellation Tshiashinnuat. Leur territoire historique était le Ninan nitassinan, terme signifiant « notre terre » qui correspond à la majeure partie de la rive nord du fleuve St-Laurent, jusqu’à la baie d’Ungava et l’océan Atlantique. L’immensité d’un tel territoire est à l’origine du mode de vie traditionnel des Innus qui consistait (jusqu’à la rupture imposée par la société majoritaire) à se déplacer au gré des saisons, du littoral, vers l’intérieur des terres. De tels déplacements permettaient aux diverses cellules familiales de rejoindre, pendant l’hiver, leur territoire respectif, dont ils étaient les kupaniesh (serviteurs, protecteurs), afin d’y chasser et d’y faire provision de viande, de peaux et de fourrures.
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Le fondement de la culture innue
Cette forme de déplacement planifié et saisonnier entre l’intérieur des terres et le littoral, fut qualifiée par les classes académiques et religieuses, de mode de vie nomadique, concept justifiant d’emblée la saisie et l’occupation des terres innues, puisque celles-ci ne faisaient l’objet d’aucun titre de propriété. Comment aurait-il pu en être autrement puisque la notion de « propriété » n’existait pas chez les Innus qui n’avaient d’ailleurs aucun mot pour l’exprimer? Il existait plutôt un concept de souveraineté appelé Innu Tipenitamun. Et pourtant, le territoire constitue le fondement même de la culture innue; il en est l’épine dorsale. Le nitassinan de chaque Première Nation tisse en effet un lien invisible et pourtant très tangible entre l’individu, la Terre Mère d’où il est issu, et le peuple auquel il appartient. Il en est ainsi dans toutes les communautés innues; il en est ainsi à Essipit.
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Un lieu de rencontres et d’échanges
Le nitassinan des Essipiunnuat est, depuis des millénaires, un lieu de rencontres, d’échanges et de commerce non seulement entre Innus, mais également avec d’autres nations autochtones de la grande famille de langue algonquienne à laquelle ils appartiennent, tels les Anishinabeg (Algonquins), les Atikamekws, les Cris, les Malécites, les Mi’gmaqs et les Abénakis. Des échanges semblables se déroulèrent ensuite avec des peuples d’origine européenne, d’abord avec les Vikings et les Basques, puis avec les Français et les Britanniques. L’actuel emplacement de la réserve d’Essipit (Esh Shipu : rivière aux coquillages) est d’ailleurs reconnu comme étant l’un des plus importants lieux de rencontres entre Innus et pêcheurs basques, celles-ci survenant dès la première moitié du XVIe siècle. Non loin d’Essipit, on trouve d’ailleurs des fours basques utilisés à l’époque pour faire fondre la graisse de loup-marin. On voit donc que les ancêtres des Essipiunnuat contrôlaient déjà cette porte d’entrée vers les territoires de l’Ouest et ceux du Nord que constitue, encore aujourd’hui, l’embouchure de la rivière Saguenay.
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Un lieu de confrontation
S’il s’agissait d’un lieu de rencontres, d’échanges et de commerce, le nitassinan des Essipiunnuat en était également un de confrontation; d’abord avec d’autres nations autochtones, tels les peuples de souche iroquoienne qui ont longuement occupé un large segment de la vallée du St-Laurent; ensuite avec les nations d’origine européenne tels les Français et les Anglais. Il est en effet indéniable que la « Grande Alliance » signée en 1603 entre le grand chef Innu Anadabijou et Samuel de Champlain, fut progressivement compromise, alors que s’amorçait déjà la marginalisation des Innus qui, de nos jours, se traduit par le rejet brutal, de la part des sociétés canadienne et québécoise, de leur culture, de leur histoire, et même de leur existence.
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Une marginalisation progressive
Comment s’est déroulée cette marginalisation qui devait affecter toute la nation innue, mais particulièrement les Essipiunnuat, puisque ceux-ci se trouvaient à la croisée des grandes routes commerciales et au cœur de l’activité économique de la jeune colonie? Lentement d’abord, puisque les marchands français et ensuite ceux d’Angleterre avaient encore besoin de pelleteries, et donc des Indiens pour leur en procurer. Puis, de plus en plus rapidement, au fur et à mesure que l’industrie forestière l’emportait sur le marché de la fourrure. Voyons comment cela se déroule à Essipit.
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Réorientation des activités économiques
Les premiers postes de traite de la Haute-Côte-Nord sont établis vers 1670. À l’origine, les activités se limitent à échanger des fourrures contre divers biens de consommation, mais dès 1700, les Français s’intéressent à l’huile de loup-marin et à la chair de saumon. Les familles d’Innus uinipek (du fleuve) de la branche des Papinachois, qui sont les ancêtres des Essipiunnuat contemporains et qui occupent depuis toujours cette région, prolongent donc leurs séjours sur le littoral en y chassant plus intensément au cours de l’hiver. Vers 1725, le poste de traite de Pipounapi, à proximité d’Essipit, génère à lui seul environ 600 peaux de loup-marin et 90 barils d’huile. Au siècle suivant, alors que diminuent, dans l’arrière-pays, les captures d’animaux à fourrure, et que fléchit le marché des pelleteries, les Essipiunnuat deviennent de plus en plus dépendants des ressources que leur procurent le fleuve St-Laurent et la rivière appelée aujourd’hui Escoumins.
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Invasion et appropriation
Dès la première moitié du XIXe siècle, on assiste à une véritable invasion du nitassinan traditionnel des Innus d’Essipit. En prétendant qu’il s’agit de « nomades » ne possédant de droits sur aucune terre, on s’approprie ce territoire qu’occupent pourtant les Innus et qu’ils n’ont jamais cédé à qui que ce soit : mais la coutume innue ne vaut rien aux yeux d’un gouvernement qui, en 1830, concède à la Compagnie de la Baie d’Hudson, le titre d’unique locateur de tous les postes de traite du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord. À Essipit, on tente bien de s’organiser, mais il est trop tard : les pétitions qu’on fait parvenir au gouverneur afin qu’il préserve les droits des Innus, et qu’il reconnaisse leur souveraineté sur nitassinan, restent lettres mortes.
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Création d’une réserve
En 1850, les colons sont déjà là et le village des Escoumins prend son essor, emporté par cette marée montante qu’est l’industrie forestière. Une scierie y est en activité depuis bientôt trois ans, et la population compte maintenant 287 habitants. Encore bien peu de monde, mais suffisamment pour dire aux Indiens de déguerpir de la Pointe-à-la-Croix (magnifique site où ils sont établis depuis toujours) et d’aller planter leurs tentes ailleurs! La stratégie gouvernementale de relocalisation des Essipiunnuat dans la réserve de Pessamit ayant échouée, on assiste, en 1892, à la création d’une réserve de 0,4 km2 appelée Essipit, où devait s’achever l’œuvre de « civilisation » entreprise par les gouvernements et le clergé, prévoyant en fait la disparition de ces quelques familles d’entêtés, déterminés à demeurer chez eux.
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La mémoire et le rêve
Mais les Essipiunnuat ne sont pas disparus! Au début du 20e siècle, l’anthropologue américain Frank G. Speck note leur présence en signalant que : "là même où il y avait la plus grande concentration d’Indiens au nord du St-Laurent (Tadoussac), ne reste plus dans la région qu’une petite bourgade abandonnée à elle-même, dont le territoire traditionnel s’étend de la rivière Saguenay à la rivière Portneuf". C’est cet attachement à leur nitassinan qui permet aux Essipiunnuat de maintenir ce lien entre la mémoire et le rêve. Cela, toutefois, ne s'est pas fait aisément.
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Développement socioéconomique
Dès la création de la réserve, débute un lent déclin économique et démographique qui va durer jusqu’au milieu des années 1970, époque où la communauté rejette enfin toute forme d’exclusion et de dépendance. Au début des années 1980, avec à sa tête un jeune Conseil axé vers le partage du patrimoine collectif dans une perspective d’amélioration du mieux-être des membres, Essipit s’engage résolument sur la voie du développement socioéconomique. Son approche communautaire, inspirée de ses traditions ancestrales, lui a permis de mettre en place, au cours des 30 dernières années, une économie diversifiée, mais essentiellement fondée sur le secteur récréotouristique.
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Une économie de partage
Les entreprises de pourvoiries, d’hébergement, de croisières aux baleines et de restauration, représentent aujourd’hui un chiffre d’affaires qui dépasse les 10 millions de dollars. Elles contribuent non seulement à un accroissement significatif du niveau de vie des membres de la communauté, mais également à l’instauration, parmi ces derniers, d’un sentiment de fierté. C’est dans ce contexte que l’on voit se développer un partenariat bénéfique autant pour les Innus que pour les résidants des collectivités voisines : en effet, 55 % des emplois créés dans la région par la Première Nation d’Essipit, sont occupés par des Allochtones, alors que le Conseil de bande et ses entreprises sont le cinquième employeur de la Haute-Côte-Nord en terme de main-d’œuvre. Cela représente une injection annuelle de l’ordre de 3,4 millions de dollars dans l’économie régionale, facteur qui contribue largement à l’avenir collectif de l’ensemble de la population.
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Des fondements plus solides
Dans la foulée de l’Entente de principe d’ordre général signée en mars 2004, et dans le cadre des négociations présentement en cours entre les gouvernements fédéral et provincial et le Conseil tribal Mamuitun mak Nutakuan, Essipit cherche à doter son économie de fondements plus solides, s’appuyant sur les ressources naturelles disponibles en nitassinan: éoliennes, hydroélectricité, ressources forestières, minières, etc. Rien n’est à écarter lorsqu’il s’agit de l’avenir de la Première Nation!
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Un espace vital
C’est dans une telle optique de développement socioéconomique que le Conseil de la Première Nation des Innus Essipit réclame aujourd’hui son Innu Assi. Il s’agit d’un territoire d’à peine 48 km2, prélevé à même deux autres territoires totalisant 558,74 km2, soit ceux des Escoumins (266,85 km2) et des Bergeronnes (291,89 km2). Innu Assi ne constituerait plus une réserve, mais bien un espace appartenant à des Innus et administré par des Innus, dans le respect des traditions innues. Alors qu’aux Escoumins, la densité de population est de 0,13 km2 par personne et qu’aux Bergeronnes, elle est de 0,40 km2 par personne, elle n’est actuellement que de 0,002 km2 par personne à Essipit. Les territoires sur lesquels un règlement est proposé feraient passer ce rapport à 0,12 km2 par personne, soit une superficie par individu comparable à celle dont jouissent les citoyens des municipalités voisines.
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La Première Nation des Innus Essipit est confiante en l’avenir. Fidèle à sa devise « Pour nos pères et nos enfants », elle tend la main à tous ceux qui croient qu’il vaut mieux vivre dans la paix et l’amitié.
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